Regard d’un expert sur la situation financière de la Côte d’Ivoire de 2011-2020

Regard d’un expert sur la situation financière de la Côte d’Ivoire de 2011-2020

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Bien qu’ayant enregistré de solides performances économiques, la Côte d’Ivoire est toujours confrontée à des défis importants dans la création des conditions nécessaires à la transformation économique et sociale selon la Banque Africaine de Développement. Magloire N’Dehi, expert des questions économiques et de développement, a bien voulu pour Abidjan Magazine porter son regard d’expert sur la situation financière de notre pays depuis l’arrivée au pouvoir du Président Alassane Ouattara jusqu’à ce jour.

Il y a quelques temps., je partageais avec vous quelques données sur le budget global prévisionnel de l’Etat de Côte d’Ivoire pour l’année 2021.
En attendant l’adoption finale par les deux chambres du parlement (Senat et Assemblée nationale) pour partager avec vous ma lecture et mon analyse sur cette loi des finances, je voudrais encore partager d’autres informations financières qui pourraient aider à mieux apprécier et surtout mieux analyser la situation financière de la Côte d’Ivoire sur les 10 dernières années (2011-2020); au moment où nous allons entamer une nouvelle décennie (2021-2030).
Sur la base des dernières informations du Ministère du Budget, la Côte d’Ivoire cumule sur la période 2011-2020 un budget global de l’Etat de: 54.099 milliards, ce qui donne une moyenne de 5.410 milliards par An sur la période.
Les recettes fiscales (y compris les recettes affectées et parafiscalité) donnent 30.964,10 milliards. Ceci représente la capacité de mobilisation financière locale. Soit 3.096,41 milliards par An en moyenne. Donc sur une moyenne de 5.410 milliards de budget, la Côte d’Ivoire est capable de mobiliser par elle-même les 3/5. Donc, elle a besoin d’à peu près 2.000 milliards d’appui de crédits locaux ou internationaux.
Sur les 10 dernières années, les dépenses d’investissement se chiffrent à 11.726,3 milliards. Ce qui représente 26,68% du Budget total sur l’ensemble du budget global des 10 ans (54.099 milliards). Donc à peu près 75% du budget sont affectés à la charge financière de la dette publique, aux dépenses de personnel, de biens et services et aux différents transferts sociaux et subventions.
Sur la dette publique, en juin 2012, au moment du point d’achèvement de l’initiative PPTE, selon le Ministère des finances, la dette ivoirienne était de 6.396 milliards FCFA. Avec le point d’achèvement de l’initiative PPTE, ce sont 4.090 milliards qui ont été annulés. Restaient donc 2.214 milliards à apurer les années qui suivaient 2012. Après donc cette période, le volume cumulé de la dette a atteint 56.306 milliards (2016-2020). Avec/après les remboursements, et selon le rapport sur la dette publique de la Direction Générale du Trésor, à la date du 30 septembre 2019, le stock de la dette de la Côte d’Ivoire s’élève à 12 628,76 milliards, comprenant 8 360,67 milliards de dette extérieure (66,20% du stock) et 4 268,09 milliards de dette intérieure (33,80% du stock).
Seulement pour 2021, les prévisions de remboursement global de la dette publique se chiffre à 2.132,8 milliards soit 1330,3 milliards FCFA pour le remboursement du capital de certaines dettes qui sont arrivées à échéance; et 802,5 milliards FCFA pour le remboursement de la dette publique (classique) faisant référence aux intérêts etc.
Autrement, le remboursement de la dette (2021) nous coûtera sur notre budget total 25,39%. Ce qui dépasse les dépenses d’investissements de 1959,8 milliards FCFA, soit 23,34% du budget 2021.
Enfin, sur la période 2011-2018, les investissements directs étrangers (IDE) affichent 1.756,9 milliards.
Bref, l’ensemble de ces données impose une profonde réflexion sur notre modèle économique et les choix politiques en matière de développement.
Pour le moment, je ne fais pas de commentaires. Je partage avec vous ces données pour alimenter la réflexion. Vos avis sont donc les bienvenus. Je ferai certainement une analyse à froid les jours prochains.
NB: Dans ce texte, au-délà de la corrélation entre “finance” et “économie”, je parle essentiellement de la situation financière et non de la situation économique. Nuance!

L’auteur Magloire N’Dehi est Co-administrateur, au Centre d’Éducation pour une Société Durable (Centre ESD), organisation de formation politique et d’appui à l’engagement civique des jeunes.

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Anabelle