LES FOUS DE LA CITÉ, hommage à S. Kelly et à D.J Arafat.

LES FOUS DE LA CITÉ, hommage à S. Kelly et à D.J Arafat.

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Ils sont toujours interpellants, ces citoyens d’exception, artistes d’une autre race, enjoliveurs plasticiens d’anticonformisme. Conclusion : la cité a besoin de ses “fous”.

ARAFAT et S. KELLY nous ont marqués, non… nous aurons marqués, substantiellement. Ils auront, peut-être, compris le sens, mieux, l’essence de l’art: déformer et fracasser le réel normatif du vécu social, à l’effet d’interpeller le citoyen, le mettant ainsi au procès de ses responsabilités. En clair, ce sont des personnages tragiques. Il s’en résout que l’art, toutes les fois qu’on n’ a pas voulu le museler ou l’enfermer dans ses grandes tours corruptives de mise en scène mimétique et embastillante, et qu’on a voulu en vivre le contenu dans la vie pratique ou courante, on devient toujours tragique. Irréversiblement. Irrémédiablement.

La vie littéraire et philosophique nous en offre des exemples : Socrate face à la ciguë, Diogène le cynique face à Alexandre le Grand, Rousseau face à ses persécuteurs, Jean-Paul Sartre assis sur un tonneau devant les usines Renault en 1968, en soutien à la grève des ouvriers. D.J ARAFAT et S. KELLY, en sont la matérialité dans le monde musical, celui du coupé-décalé, plus précisément ; ce genre musical étant lui-même celui des excès outranciers, du moins, à s’en tenir à l’ancrage spirituel initial du concept. Et pour s’y prendre, nos artistes nommés n’y vont pas de main calculante de lucidité responsable : ils dégamment, tout simplement.

Comme seuls dans leur monde. Endossant et prenant, au départ, les coups des critiques pierreuses, et pleuvant au vitriol. Et ce profil de mise à part, d’insistance dans l’impertinence, sans souci de repentance, ni de ressaisisement mental, leur draine des regards massifs d’admiration médiatique, se taillant ainsi un ADN social, une génétique référentielle, une identité remarquable. Autant dire que, par l’entremise de leur vie, le dégammage devient national. De la drogue au buzz sur les réseaux sociaux, en passant par les scandales en direct sur les plateaux télé et scènes inédites, et même propos parricides, tout y passe.

Il l’a dit André Breton, chef de file du surréalisme, dans “Nadja”, que ” La beauté sera convulsive ou elle ne sera pas.” En d’autres termes, pour qu’il y ait beauté (artistique ou sociale), il faut qu’il y ait fracassement, bouleversement, chamboulement sans mesure. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que ARAFAT et S. KELLY, fracassent, chamboulent, bouleversent, dérèglent, déraillent. Et c’est peut-être une étoile missionnaire. Point n’est besoin de les imiter. Le vécu à succès de l’ordre décrit étant spontané et comme olympiennement commandité.

La vérité, c’est que que cette race d’artistes, certes , d’indisposition morale initiale, finissent par donner bonne conscience à la cité, et même, par l’équilibrer, au prétexte de la distraire. Ils deviennent la systématisation légale de notre vie profonde proscrite et, donc, irréalisable, du fait de l’éthique, des normes et des lois. Dans ce sens, pansant et soulageant la cité, ces personnages d’exception lui donnent d’être réconciliée avec elle-même, donnant ainsi aux citoyens de faire l’économie d’actes de hantise, qui auraient pu faire mal à la cité.

Résolument, S. KELLY et ARAFAT DJ, ont servi ou servent de décharge névrotique à la cité, laquelle décharge névrotique lui est très curative. C’est une affaire de Freud. Et que c’est vrai ! Et que c’est réel !

Ahmed Bakayoko et Emma Lohoues sont, aussi, cette catégorie de citoyens d’exception, sans être artistes ”de création”, eux, ont/ont eu/ un mode de vie fondamentalement artiste, fou artiste. L’ un est parti ; protégeons l’autre.

LA CITÉ A BESOIN DE SES FOUS !”

De Emmanuel Toh BI
Professeur Titulaire de poésie négroafricaine ;
Écrivain-poète et dramaturge ;
Essayiste et chroniqueur ;
Concepteur du Djèlénin-nin;
Concepteur de l’IVOIRONIE.

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